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 3. La Prière d’Horini

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La Volonté de Kaen
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Date d'inscription : 20/09/2009

MessageSujet: 3. La Prière d’Horini   Ven 29 Mar - 16:11

*Ce n’est pas réel*

La coupole d’eau ondule ses lèvres liquides au-dessus du chef du minuscule ancêtre. Il pose un autre pied sur le sol irrégulier que forme l’agglomérat de cadavres d’albatre. Ca se grise à chaque pas, se marbrifie la chaire, s’empeaute de grais… mais surtout ça bouge encore.

*’Carnat de taré, j’ai beau l’adorer, ça fait quand même de la peur dans le dos. Pardon, hein, je veux pas vous offenser, mais faites quand même partie des dimensions qui nous faut clocher, nous les résidus d’humains. On n’est que des bouts de réalité qui se baladent, mais cet océan de rien, brrrrr… Une tempête de perlimpimpin.

Arrete de penser ! Chut ! Maintenant*


La voix d’Arken résonnait contre cette coupole sans fin qui s’ébranlait sous ses ondes psychiques. Chaque mot se répercutait en vague courte ou longue sous ce ciel fluide, rebondissait à l’horizon pour croiser de nouvelles fréquences qui s’entrechoquaient dans une lamentation suraigüe. Immanquablement, les courants qui se percutaient provoquaient une précipitation localisée de pluie d’argent qui frappait les cadavres enracinés.

*Paraît que c’est là qu’on finit. La vraie fin, l’absolue. J’ai rencontré des incarnats-enfer qui accueillent les esprits et les âmes, oui-da. Mais pour les centiliens, ça doit bien converger disait Galu.

Ecopper de l’enfer pour incarnat-lié c’est quand même à vous égrainer le cerveau. Jamais compris toute cette bastringue quantique. La science de toute façon, c'est la voie longue et glissante. Mais cette réalité, un sale rejeton. Un truc battu par les autres dimensions, un monde qui est devenu fou. Si fait, complètement chtarbé ! Et c’est moi qu’on appelle le Fol. Ils ont jamais vu Cinq Mon chez moi au moins, c’est propre. Mais ils y connaissent quedal au Multivers et à la folie. Quedal ! Tous autant qu’ils…

Rahh chut ! Cesse ! Cessecessecessecessealalalalalalalala blanc blanc blanc rien blanc rien rien vide. Vide bougre de con, salle blanche…

Là c’est b…. salle blanche.

Pas. Marche. Gauche. Droite. ‘Core. Blanc et vide. Tu te tiens calme l’incarnat, tu ne vas pas me faire de mal, je suis l’ami de tous ceux qui t’ont tabassé, oublie pas. Protégé, donc tu vas me protéger. Qui que ce soit qui me veut du mal, tu le laisseras pas faire. C’est pas réel, impossible que ça se réalise : me faire du mal.*


Encore un peu plus de pluie au loin. Les morts pétrifiés se jettent sur les précieuses gouttes, s’entredéchirent pour quelques lappées du rare breuvage qui ranime la fraîcheur de leurs chaires. Certains semblent presque en mesure de se relever… il ne suffirait que de quelques saignées du ciel. Rien qu’un peu. Alors ça devient agressif, ça, sous les pieds d’Arken.

*Le dedans dehors. Tu dis ce que tu penses. On t’entend vieil imbécile. Tu t’entends là ? Ehoh, c’est toi qui parles ? Tu peux rien cacher, ici. Chut, ferme ton esprit !

Elle est pas loin. Ma belle, ma jolie Horini. Regarde, elle va regarder oui. Elle verra. Ici, le corps c’est l’esprit. Elle va voir que je suis tout pareil. Je suis comme ça moi : rien à cacher. L’esprit aussi vieux et lent que la carcasse.

Et ça va lui plaire. Elle va me dire qu’elle m’aime. Que je suis le seul. Elle va m’embrasser et dire qu’elle m’a toujours aimé. Elle va…*


Alors qu’il enjambait un bras désespéré qui tentait d’enteuiller ses chevilles, il atteignit le centre à l’aplomb de la coupole dans lequel un sarcophage d’acier était encastré. Seule une bulle de verre givrée laissait présager de l’endroit où se trouvait la tête. Encâblé dans des arabesques de tubes qui s’enfoncent dans les entrailles de ce sol mort-vivant, le lit d’airain de la Pieuse prenait des allures d’écrin de vérité dans ce capharnaüm d’illusions.

*Pire que Sono ici. Dans le monde-rêve, au moins, y a une sorte de logique. De l’inconscience pure projetée, digérée, ouais, mais on retrouve des schémas, des embryons de raison au moins. Sono c’est un enfant indolent qui maltraite malgré lui ses habitants, et encore, tout ce qu’il veut c’est les garder avec lui.

Là non. Y a du vrai derrière tout ce faux, mais ça veut pas se montrer. Tu te caches et tu cognes contre un écran de folie pure. Ce ne sont même pas tes peurs, nan, c’est une torgnole longue et lente. Mais je t’aime bien, hein, tu vas me protéger, tu vas me préserver. T’as pas le choix, tu restes calme, je suis un ami.

Maintenant laisse-moi juste lui parler.*


En réponse, la terre se mit à se secouer sous les saccades du cercueil de fer. Les piliers torves qui le soutenaient se déroulèrent pour soulever le sarcophage jusqu’à une hauteur qui permettait au Fol de clopiner sur l’un des tubes afin d’atteindre le hublot gelé.

D’une main lente, presque parcourue de spasme, il repoussa les flocons qui parcheminait sa surface pour dévoiler le visage potelé et alanguie d’Horini. Son visage s’illumina d’un sourire qui n’était pas revenu depuis bien des années.


*Ma belle Hor…*

« Me cherches-tu Arken ? »

La voix venait dans son dos qui frissonna rien qu’à l’entendre. Il n’osa pas se retourner.

*Ne croise pas son regard, ça t’est interdit, elle pourrai… ettttt merde*

La projection astrale partit d’un rire cristallin qui ne provoquait aucune onde sur la coupole.

« As-tu peur que je lise tes pensées, mon vieil ami ? »

*Ami ? Ah putain ça fait ma…*

« Je crois que nous sommes au-delà de ça. Surtout dans un endroit pareil. Cela dit, nous pourrions aller bien plus vite quant au sujet de ta venue si tu me laissais lire ton esprit.

Mais j’imagine qu’après avoir fait tout ce chemin, tu ne veux pas repartir aussi vite. »


Penaud, Arken serrait les dents.

* Peut-être que si je la laissais elle m’aimer…*

« Allons retourne-toi et laisse-moi voir ça. Je n’altèrerais en rien ta belle psyché. »

* Pourrais de toute façon le savoir en interrogeant l’incarnat plus tard si…*

« Exactement, » répondit-elle invariablement plus rapide.

En prenant une grande inspiration, Arken fit volte-face, malgré sa gêne et regarda les yeux de la petite brune qu’il chérissait tant.

Aspirée dans le flou. L’eau cérébrale dans laquelle elle naviguait s’ouvrit sur son chemin, qui défila, profonde ou houleuse, trouble ou claire, une bibliothèque, Galu, une vision de la Bouée Multiverselle, des discussions avec des géants, non, des incarnats, des réalités entières avec qui conversaient sans que la moindre matérialité ne soit impliquée dans le dialogue. Au-delà de l’esprit, au-delà du corps, de la réalité pure qui se modèlait et se changeait et qui livrait ses secrets à un être insignifiant mais reconnu par l’Assemblée du Multivers.

Pénitence, un incarnat qui livrait une sensation plus qu’une information. Jialle dans sa prison d’éther qui suppliait, menaçait, séduisait Arken en vain. Et toujours, à toute page de ces chapitres mémorisés, l’imagine éclatante d’un amour impossible. Passons. Elle n’est pas là pour connaître ce qu’elle sait déjà.

Les Puits. L’énergie, fluide, qui circulait entre les réalités comme on irriguait les cellules d’un corps. Un canal qui se viciait, se bouchait, puis des garrots que l’on appliquait : Kaen qui obstruait des Puits afin d’endiguer le drame. Horazon, l’incarnat-démon, qui riait et réclamait sa liberté, ralliait ses troupes et la jeune et orgueilleuse Centile qui mènait sa faible armée contre les mondes du Troisième et du Cinquième Voile.

Chercher Jialle. Arken qui se souvenait d’avoir cherché Jialle dans le Multivers et de l’avoir trouvée dans le passé et le futur, mouvante, hors de portée. Jusqu’à ce que soudain, un incarnat lui envoya un signe : Arken était en méditation dans la gueule d’un crapaud géant sur Noa, le corps recouvert de boue. Une éclipse de soleil le tira de sa concentration, il rougissait une fleur de lotus à ses pieds. Noa venait de le prévenir :


« Jialle a retrouvé Kaen ?! » s’esclama la Pieuse en s’extirpant de cette océan de savoir.

*Et elle l’affronte en ce moment même, Horini.*

« Pourquoi ne pas l’avoir empêché ? C’est en ton pouvoir Arken pourtant ! »

*Pas mes affaires ça. Leur truc. Mais je ne voulais pas que tu m’en veuilles. Parce que mes dieux qu’elle est belle, toi. Tu sais maintenant. Elle ne m’en voudra pas, hein ?*

Toujours sourde à ces fuites d’esprit, Horini prit le masque de l’inquiétude.

« Connais-tu la Source de Jialle ? Ta mère la connaît-elle ? »

*Pourquoi me poser la question plutôt que de voir par toi-même ce que je sais ? C’est en ton pouvoir Horini pourtant ! »

La Disciple souria malgré elle à la boutade ce qui déclencha une colossale vague d’émotions chez le vieil homme, immédiatement matérialisée sur la coupole liquide en ondes profondes et violentes. Les pluies éparses se muèrent en torrents qui abreuvèrent la masse des cadavres spirituels qui les entouraient. Le charnier s’ébranla dans un cri sinistre pour bientôt devenir un champ de bataille entre morts. La clameur stridente arracha un long frisson d’effroi qu’Arken ne parvint pas à contenir. De nouveau, une vague de peur se dessina sur la coupole qui s’entrechoqua presque immédiatement avec sa jumelle née tantôt des élans amoureux du Fol. Précipitations, cris décharnés, acharnement hurlé.

« Tu dois sortir d’ici vite, Arken, tu es trop troublé pour te prémunir des dangers de ces lieux ! »

*Je connais sa Source, mais Mère l’ignore. Tout comme Jialle ignore celle de son ancienne maîtresse.*

Des légions d’esprits démarbrés commençaient à se lever. Déjà les plus forts d’entre eux plantaient leurs dents fraîchement ravivées dans la chaire des plus faibles. Nombre se dirigeaient vers Arken en grappes erratiques, ralenties par un cannibalisme sporadique.

« Pars ! » supplia-t-elle.

Hypnotisé, perdu dans son regard, le Fol restait inerte. La Disciple rajusta une mèche derrière son oreille, rapprocha encore un peu sa projection astrale du fils de Kaen et se pencha sur lui en lui soufflant dans un baiser intangible :


« Pars… Je t'en prie.»

Cinq fois, le sceptre de vigne frappa le sol. Les premiers esprits revigorés qui touchèrent le feu du lotus invoqué brûlèrent immédiatement le peu de réalité qui leur restait tandis que d’autres cherchaient déjà une nouvelle proie. L’intouchable Horini se laissa traverser par ces âmes tortureuses pour lesquelles elle ne pouvait avoir qu’un regard compassionnel.

Son esprit, alors, se dissocia une nouvelle fois avant de se glisser dans les interstices entre les réalités.



Lorsqu’elle ouvrit les yeux. La montagne sur laquelle elle se trouvait surplombait un golem d’eau qui avait creusé une tranchée, non une vallée dans ces reliefs saillants couverts de neige.

En contrebas, elle distinguait la silhouette de la Déviante et de sa créatrice.




A suivre dans "Le Chemin de Jialle".
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